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2023 Dec 13Thematic Areas
Forest BiodiversityDiversité et biogéographie des lacertiliens (Squamata: Sauria) dans la cuvette centrale congolaise
En Afrique centrale, les études sur la systématique des lézards sont plus avancées dans les forêts côtières atlantiques que dans le Bassin Central du Congo (BCC). On sait peu de choses sur la diversité des lézards dans cette région. Des recherches préliminaires indiquent que la Cuvette Centrale Congolaise possède une diversité remarquable de Squamates (Lokasola et al, 2017), en particulier de lézards, mais cela reste à prouver par des études telles que cette thèse, sur un groupe aussi peu étudié. Non seulement la diversité des Sauriens dans la Cuvette Centrale Congolaise est mal connue, mais les études de la systématique de ce taxon en sont à leurs balbutiements. Par ailleurs, les efforts d'inventaire des Squamates de la zone forestière de la République Démocratique du Congo (RDC) sont très inégalement répartis entre les écorégions forestières du pays, à tel point que la faune de l'écorégion de la forêt centrale du Congo, sur la rive gauche du fleuve Congo, est pratiquement inconnue, en dehors de quelques études datant de l'époque coloniale, dont la plupart sont devenues obsolètes (Lokasola et al, 2017).
Le rôle du fleuve Congo comme barrière biogéographique pour les taxons n'a pas été étudié pour les Squamates, en particulier les Sauriens. Pourtant, il a été démontré que les grands fleuves sont des barrières biogéographiques pour certains taxons comme les Mammifères (Brunke et al, 2019) et même les oiseaux (Hayes & Sewlal, 2004) mais cela reste à définir pour les Squamates du sous-ordre des Sauriens, que cette thèse étudie. Ils pourraient être des barrières présumées à la dispersion des Squamates et peut-être des moteurs de la diversification, une hypothèse intéressante qui demande à être testée. Dans cette thèse, nous étudions la diversité et la biogéographie des espèces de Lacertilan dans le Bassin Central du Congo. Notre objectif est d'approfondir les connaissances que l'on a de la systématique des Sauriens dans le Bassin Central du Congo, en ce qui concerne le rôle putatif du fleuve Congo comme barrière biogéographique.
Nous posons donc la question principale ci-après : La structure phylogénétique des populations ou des espèces et la composition des assemblages de communautés de scinques sur les deux rives du fleuve Congo soutiennent-elles la théorie de la barrière riveraine selon laquelle le fleuve Congo serait une barrière biogéographique pour les Lacertiliens de la famille des Scincidae ? Notre objectif est d'approfondir la connaissance que l'on a de la systématique des Sauriens dans le Bassin Central du Congo, au regard du rôle putatif du fleuve Congo comme barrière biogéographique. Ce but est divisé en 5 objectifs spécifiques, le premier étant de vérifier si la systématique des scinques du genre Trachylepis FITZINGBR, 1843 est à jour et ne nécessite pas de révision et l'objectif spécifique suivant étant de vérifier si le fleuve Congo est une barrière biogéographique pour les Lacertiliens ou non, en prenant la famille Scincidae comme modèle.
Nous étudions les phylogénies des Lacertiliens en mettant l'accent sur les Scincidae afin de vérifier les hypothèses sus-évoquées, et ce, en vue de résoudre les équivoques taxonomiques et éventuellement de découvrir des espèces cryptiques, en ciblant le gène ARNr 16S. L'hypothèse selon laquelle le fleuve Congo constitue ime barrière biogéographique dans la distribution des Lacertiliens en RDC est étudiée à la fois par la biogéographie descriptive en utilisant les indices de similarité des assemblages entre les deux rives du fleuve Congo, respectivement l'indice de Jaccard et l'indice de Sorensen, et par la phylogéographie en analysant la distribution des clades et des lignées phylogénétiques.
Nos résultats apportent 4 nouvelles additions à la faune connue de la région dont deux sont des espèces en extension de leur aire de répartition et deux autres sont des candidats espèces nouvelles pour la science.
Nous découvrons pour la première fois une variation clinale de Gastropholis echinata (COPE, 1862) à travers son aire de repartition (Lokasola et al, 2022). De plus, nous documentons pour la première fois la présence Lacertaspis aff. reichenowi (PETERS, 1874) (Squamata : Scincidae) dans les forêts centrales du Congo à la rive gauche, le dichromatisme sexuel observé pour la première fois chez cette espèce et la grande divergence génétique (5%) entre les populations des forêts côtières atlantiques et celles de la rive gauche. Nous montrons dans cette étude l'isolement incomplet de deux populations de Trioceros oweni GRAY, 1831 en distribution parapatrique définissant une zone introgressive aux alentours de Mbandaka (Latitude : 0,0487°N ; Longitude : 18,2603°E) et Boteka (Latitude : 0,3333°S : Longitude : 19,1°E), l'extension de
son aire de répartition par la rivière Lualaba jusqu'à l'écotone forêt-savane au nord du Katanga et la barrière topographique au nord-est de l'Ituri dans l'écorégion de la forêt du nord-est du Congo, caractérisée par un ombrotype et un gradient d'altitude différents.
Nos recherches montrent que les deux lignées de Trioceros oweni occupent d'une certaine manière deux zones adaptatives différentes dans leur aire de répartition et évoluent séparément, étant des écotypes divergents (p-distance = 4%), une divergence provenant probablement de zones de stabilité bioclimatique passées suivant des gradients climatiques historiques entre le nord et le sud du fleuve Congo.
Nos résultats documentent la connectivité pour les scinques de l'ensemble de la ceinture des forêts pluviales de basse altitude du Congo au nord du fleuve Congo, du Gabon au Kivu en RDC (Lokasola et al, 2021) à travers l'étude phylogéographique de Panaspis breviceps. Cette connectivité est également documentée par l'absence de vicariance observées chez les espèces du genre Trachylepis.
Nous démontrons aussi le recouvrement remarquable des aires de faune des deux rives du fleuve Congo. Enfin, nous améliorons la connaissance de l'herpétofaime de la Cuvette Centrale Congolaise en proposant une liste annotée des espèces de la zone d'étude, complétée par des clés d'identification. En définitive, les niches écologiques non limitantes déterminent des adaptations responsables de la diversification des populations, tant sur le plan morphologique que phylogénétique. Le fleuve Congo n'est pas une barrière biogéographique pour les Squamates de la famille des Scincidae. La taxonomie actuelle des espèces du genre Trachylepis est confirmée être à jour parce que les faibles distances génétiques observées montrent que les espèces de ce groupe sont bien délimitées en systématique. La Cuvette Centrale Congolaise possède une biodiversité écologique démontrée par des différences dans la diversité phylogénétique des populations. Les aires de faune à cheval sur le fleuve Congo ont un fort recouvrement de faune.
Auteur: A. Lotana Lokasola, 2022